Il y a 250 ans, la dernière exécution pour homosexualité

- Mis à jour : 20 octobre 2014 , par Jean-Benoit RICHARD

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Plaque à la mémoire des derniers condamnés pour homosexualité exécutés à Paris.

Le 18 octobre dernier, Anne Hidalgo, maire de Paris, accompagnée de plusieurs élus, a dévoilé une plaque en mémoire du dernier couple homosexuel condamné au bûcher dans la capitale. Cette plaque est scellée dans le pavé à l’endroit de leur arrestation, à l’angle des rues Montorgueil et Bachaumont.

Dans une courte monographie, l’historien Claude Courouve relate cette dramatique affaire qui a commencé une nuit de janvier 1750. Jean Diot, employé de maison d’une quarantaine d’années, et Bruno Lenoir, cordonnier d’à peine vingt ans, sont surpris par le guêt en fâcheuse posture. Le procès-verbal de leur arrestation, conservé aux Archives nationales, nous éclaire sur les circonstances de leur arrestation :

« Julien Dauguisy, sergent du guet [...] lequel a dit que passant rue Montorgueil entre la rue St Sauveur et la rue Beaurepaire, il a vu deux particuliers en posture indécente et d’une manière répréhensible, l’un desquels lui a paru ivre. Il les a arrêtés tant sur ce qui lui a paru de leur indécence que sur la déclaration que lui a faite un particulier passant, qui a dit les avoir vu commettre des crimes que la bienséance ne permet point d’exprimer par écrit ; »

Après un séjour de six mois dans les sinistres geôles de la prison de la Conciergerie et un procès, Jean Diot et Bruno Lenoir sont condamnés le 27 mai 1750 à la peine maximale : la mort par le feu. La sentence est confirmée en appel le 5 juin de la même année :

« Vu par la Cour : le procès criminel fait par le Prévôt de Paris ou son lieutenant-criminel au Châtelet à la requête du substitut du procureur général du Roi, demandeur et accusateur, contre Bruno Lenoir garçon cordonnier et Jean Diot domestique, défendeurs et accusés, prisonniers en la Conciergerie du Palais, appelant de la sentence rendue sur le procès le 27 mai 1750 par laquelle ils auraient été déclarés dûment atteints et convaincus du crime de sodomie mentionné au procès ; pour réparation ils auraient été condamnés à être conduits dans un tombereau à la place de Grève, et là y être brûlés vifs avec leur procès, leurs cendres ensuite jetées au vent, leurs biens acquis et confisqués au Roi ou à qui il appartiendra, sur chacun d’eux préalablement pris la somme de 200 livres d’amende envers le Roi, au cas que confiscation n’ait pas lieu au profit de sa Majesté.

Ouïs et interrogés en la Cour Bruno Lenoir et Jean Diot sur leur cause d’appel et cas à eux imposés.

Tout considéré.

La Cour dit qu’il a été bien jugé par le lieutenant-criminel du Châtelet, mal et sans grief appelé par Bruno Lenoir et Jean Diot, et les amendera. Et pour faire mettre le présent arrêt à exécution renvoie Bruno Lenoir et Jean Diot prisonniers par devant le lieutenant-criminel du Châtelet.

Fait en Parlement le 5 juin 1750 »

La sévérité de la sentence pour seul fait de sodomie a étonné tout le monde. Elle constitue un cas unique au XVIIIe siècle et s’explique probablement par le fait que les accusés ne bénéficiaient d’aucune protection haut placée. On a voulu faire un exemple, car généralement, les homosexuels étaient relégués à Bicêtre.

Jean Diot et Bruno Lenoir seront exécutés en place de Grève, l’actuelle place de l’Hôtel de Ville, qui servait aux exécutions et aux supplices publics sous l’Ancien Régime, le 6 juillet.

La mémoire des suppliciés a été honorée à l’initiative du groupe communiste au Conseil de Paris qui avait présenté un voeu, adopté par l’assemblée à l’unanimité, en mai 2011.

Voir en ligne : http://www.atramenta.net/lire/laffa...


 
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